Archive pour février 2011

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Andes, crottes de moutons et toilette turque de luxe

février 15, 2011

Le ruban doré se déroule sous mes pieds, la légère poudre de terre ennuage mes pieds et salit mon pantalon. J’en ai d’ailleurs plein le nez, la peau du visage et les poumons.  Cette terre sent le soleil et… le crottin de moutons.

Les cuisiniers, qui nous précède, ont déjà monté les tentes sur la rive du lac. Mon estomac crie famine et je salive à l’idée de le remplir de leur délicieux repas. J’arrive la seconde derrière le guide qui m’incite à m’étendre sur mon tapis de sol (celui sur lequel je dors la nuit). Je suis totalement déstabilisée, lorsqu’ il le déroule sur une multitudes de petites crottes de moutons.  Éreintée, je finis par m’allonger en offrant mon visage au soleil, les yeux grands ouverts sur l’immensité qui m’entoure, le coeur plein de gratitude envers la vie qui me tend sur un plateau d’argent une si belle aventure, l’esprit à peine occupé par les déchets organiques reposants sous et autour de moi…

Les autres arrivent et je partage mon dégout avec eux.  Andréanne évalue que nous avons peu de chances d’attrapper des maladies, cela ne semble pas l’inquiéter outre mesure.  Puisqu’elle est médecin, je décide de vivre harmonieusement avec TOUT ce qui m’entoure. Tout ce que mes inquiétudes m’apporte, ce sont quelques petits commentaires humoristiques:  “Caro, quand ta gourde a dévalé la pente tout à l’heure, elle a dû frôler quelques crottes… Non? Et ta caméra qui l’a suivie?” Je ne regarde plus ma gourde de la même manière…

Nous arrivons à Patacancha à la fin de l’après-midi. Les tentes sont montées sur une terrasse derrière une maison du petit village. Bonheur! Le trou dans les toilettes est assez profond pour que l’on ne voit pas les besoins des autres, bien qu’elle soit un peu à l’écart…  Il faut convenir que notre vision du monde a changé puisqu’on s’extasie sur la présence d’une toilette rudimentaire, un gros plat de pop corn accompagné d’un thé de coca et une tente montée où l’on peut dérouler notre sac de couchage pour nous reposer un peu…

Nous prolongeons l’heure du thé et  jouons aux carte jusqu’au souper. Nous rions aux éclats et l’hilarité à son maxium lorsque Jean-Michel se lève excédé pour aller demander aux gens dans la maison d’arrêter la chanson qui joue à  répétition  depuis au moins deux heures et qui est un mélange atroce de western et de  chip’n'dales…

Joie, gaieté, discussions animent notre courte soirée avant que nous nous couchions lasses et fourbus par l’altitude et les efforts physiques.

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Au coeur de la vallée sacrée

février 8, 2011

 

La nuit est agitée. Alors que des combats de bêtes féroces se livrent à l’extérieur, pour nos corps éreintés, le repos n’arrive pas à sublimer la morsure du froid intense qui pénètre les chairs jusqu’aux os et solidifie notre sang à l’intérieur de nos petites veines glacées. Par ailleurs, c’est avec une tuque, des combinaisons polaires, des gros bas de laine achetés à Cusco à une Péruvienne, qui les a tricotés avec amour, que je m’endors. Gigi et moi, on se colle, sac de couchage contre sac de couchage, parce qu’on a froid et ça change, du fait même, l’intimité de notre relation qui jusqu’à maintenant se limitait à partager la même couverture sur un banc d’estrade trempé par la pluie pendant que nos filles partagent la vedette d’un match de soccer.   Plus de bêtes féroces qui me glacent le sang en grognant tels les monstres imaginés dans mon enfance, de coeur battant et de souffle court à cause de l’altitude, de douleurs physiques dues aux kilomètres parcourus… La paix… La paz… la ZZZzzzzz….

Je sors de mon paisible et bienfaisant sommeil interpellée par le cuistot qui, de l’autre côté de la toile de la tente, nous offre à chacune un thé de coca, élément essentiel à un réveil aussi matinal, il doit être 6 heures à peine, et très utile pour contrer le mal de l’altitude. J’en veux un très fort et très chaud.

Aujourd’hui, nous progresserons dans les Andes pour nous rendre jusqu’au petit village de Patacancha. Entre les deux… il faut traverser le magnifique col « Ipsaycocha » à 4 500 mètres d’altitude. Le nombre de kilomètres à parcourir est inconnu. En fait, les seuls renseignements disponibles viennent de recherches effectuées sur le net : dix-huit kilomètres. Toutefois, les guides sont meilleurs quand il s’agit d’estimer le temps de marche et Samaon nous dit que nous marcherons près de huit heures.

À 3800 pieds d’altitude, certains d’entre nous commencent à  ressentir le mal de l’altitude : les énergies se consument, les têtes veulent exploser, les nausées donnent le vertige et il devient, pour eux, de plus en plus difficile de progresser.   Mais que pouvons-nous faire? Que peuvent-ils faire? Aucun moyen de communication n’est disponible puisque nous sommes perdus au coeur des Andes, alors il ne reste que la « moule d’émergence » pour les aider si cela s’avère nécessaire. Pour ma part, en dosant mes énergies, je m’en tire admirablement, bien que je me rende compte qu’il est difficile de progresser à des altitudes aussi élevées : je me sens lente, pesante, et si je pousse la machine, mon coeur s’emballe et je cherche mon souffle. 

Un pas après l’autre, voilà le leitmotiv… Je suis convaincue que la plus grande part de réussite d’une telle expédition est la force mentale.  Comme je suis intraitable et déterminée, rien ne peut m’arrêter (mon père n’a jamais été capable, ce n’est pas un col qui va avoir raison de moi).  Je suis confiante et je sais que je l’atteindrai, qu’importent le temps et l’énergie que je devrai déployer.

Le paysage qui s’étend sous nos yeux est admirable, quel bonheur d’en être partie prenante, de l’arpenter et de le découvrir. Des glaciers au loin reflètent la lumière vive du soleil, une mer de montagnes s’étend jusqu’à l’infini, des cochons, des alpagas et des moutons paissent paisiblement et déambulent près de nous sans crainte.  À un moment donné, j’ai les blues, car je me sens seule et dépendante des autres, sans Pat avec qui j’ai tout partagé au cours des vingt dernières années. Je scrute attentivement mes compagnons… Je crois pouvoir me fier sur eux, tout comme ils peuvent se fier sur moi, bien que je ne sache vraiment pas comment je pourrais leur venir en aide. L’important, c’est la force du groupe qui, pas à pas, franchit les distances, monte des cols et s’encourage mutuellement. Amélie, Louis, Ginette, Andréanne, Jean-Michel, Sophie, Geneviève et Samaon, je veux que vous sachiez que de partager cette immensité et cette intensité avec vous est un événement que je n’oublierai jamais…

Je ne peux passer sous silence quelques petits faits cocasses qui, bien que peu intéressants pour le déroulement du trek, fournissent de bien belles occasions de rigolades… Il y a la pomme, la fameuse pomme mangée juste avant de traverser le col à 4500 mètres d’altitude.  Insouciants, après avoir fait nos petits besoins un peu partout derrière les rochers que nous avons trouvés, nous arrêtons pour reprendre notre souffle, autant que faire se peut puisque l’air est de plus en plus rare. J’épluche lentement ma pomme avec le canif de Jean-Michel, mon scout préféré, puis je propose à tous un morceau de cette pomme que je qualifie de meilleure pomme à vie, dégustée dans le plus bel endroit à vie. Une expérience unique! Quelle pomme sera aussi bonne que celle-ci, croquée dans les Andes, au coeur d’une vallée inondée de soleil (et de crottins de moutons)? À partir de ce moment, et pour le reste du voyage, toute activité, tout événement ou beauté naturelle sera considéré comme le plus beau, le plus intense ou le meilleur [...] à vie!

Il faut passer le fameux col qui est si près et si loin à la fois. C’est tellement immense que je suis désorientée par rapport aux distances et aux proportions.    Amélie, quant à elle,  n’en peut plus, elle a la soroche (mal de l’altitude en quechua), elle monte sur la moule guidée par le jeune garçon au regard rieur. Malgré ses 10 ans et ses 4 pieds (semelles comptées), il a toute notre confiance et il la guide rapidement vers le col. Pour ma part, je progresse derrière le guide en ajustant mes pas aux siens, bien que je me demande encore aujourd’hui si ce n’était pas le contraire. Là est la question…   Pour le reste, je pense. J’admire. J’avance. J’admire. Je respire. J’avance.  Je pense. Je m’émerveille…

Puis, eurêka! Nous atteignons le col.. Émus, nous nous étreignons de joie et de satisfaction, je suis si pleine d’émotions que des larmes coulent sur mes joues. C’est l’ivresse du dépassement de soi, de la fierté, de la joie de vivre un moment unique et rare et d’en être consciente. Des montagnes s’étendent aussi de l’autre côté du col, un tout petit lac de tête apparait au loin et la piste inca, tel un ruban doré, suit le pourtour des montagnes, puis disparait…

Je suis habitée par les Andes…

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