Le ruban doré se déroule sous mes pieds, la légère poudre de terre ennuage mes pieds et salit mon pantalon. J’en ai d’ailleurs plein le nez, la peau du visage et les poumons. Cette terre sent le soleil et… le crottin de moutons.
Les cuisiniers, qui nous précède, ont déjà monté les tentes sur la rive du lac. Mon estomac crie famine et je salive à l’idée de le remplir de leur délicieux repas. J’arrive la seconde derrière le guide qui m’incite à m’étendre sur mon tapis de sol (celui sur lequel je dors la nuit). Je suis totalement déstabilisée, lorsqu’ il le déroule sur une multitudes de petites crottes de moutons. Éreintée, je finis par m’allonger en offrant mon visage au soleil, les yeux grands ouverts sur l’immensité qui m’entoure, le coeur plein de gratitude envers la vie qui me tend sur un plateau d’argent une si belle aventure, l’esprit à peine occupé par les déchets organiques reposants sous et autour de moi…
Les autres arrivent et je partage mon dégout avec eux. Andréanne évalue que nous avons peu de chances d’attrapper des maladies, cela ne semble pas l’inquiéter outre mesure. Puisqu’elle est médecin, je décide de vivre harmonieusement avec TOUT ce qui m’entoure. Tout ce que mes inquiétudes m’apporte, ce sont quelques petits commentaires humoristiques: “Caro, quand ta gourde a dévalé la pente tout à l’heure, elle a dû frôler quelques crottes… Non? Et ta caméra qui l’a suivie?” Je ne regarde plus ma gourde de la même manière…
Nous arrivons à Patacancha à la fin de l’après-midi. Les tentes sont montées sur une terrasse derrière une maison du petit village. Bonheur! Le trou dans les toilettes est assez profond pour que l’on ne voit pas les besoins des autres, bien qu’elle soit un peu à l’écart… Il faut convenir que notre vision du monde a changé puisqu’on s’extasie sur la présence d’une toilette rudimentaire, un gros plat de pop corn accompagné d’un thé de coca et une tente montée où l’on peut dérouler notre sac de couchage pour nous reposer un peu…
Nous prolongeons l’heure du thé et jouons aux carte jusqu’au souper. Nous rions aux éclats et l’hilarité à son maxium lorsque Jean-Michel se lève excédé pour aller demander aux gens dans la maison d’arrêter la chanson qui joue à répétition depuis au moins deux heures et qui est un mélange atroce de western et de chip’n'dales…
Joie, gaieté, discussions animent notre courte soirée avant que nous nous couchions lasses et fourbus par l’altitude et les efforts physiques.


